Natalie
Voland
Présidente, Gestion Immobilière Quo Vadis
printemps 2016 - Espace Montréal
Article

« Il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue »

Victor Hugo, cité par Mick Cornet, maire d’Oklahoma City, É.-U.

 

Gestion Immobilière Quo Vadis a récemment participé à la conférence internationale Urban Futures, qui a eu lieu à Graz, en Autriche, afin d’apprendre de leaders mondiaux la façon d’aider Montréal à reprendre sa place de leader économique. Organisée par la ville de Graz, la conférence a réuni 1 600 personnes de 160 nationalités et de 100 religions en provenance de 51 villes pour discuter de la façon dont les villes peuvent stimuler leur économie tout en prenant en compte le réchauffement climatique, l’engagement civique et le partage de pratiques exemplaires.

Nous aurions dû nous douter que les choses seraient intéressantes lorsque nous déambulions dans les rues de la ville la première journée, constatant que le nombre de cyclistes et de piétons était plus nombreux que les voitures, et que la majeure partie du centre historique de la ville de Graz était interdite aux voitures et accessible uniquement par transport en commun.

Le discours d’ouverture de Urban Futures a abordé les politiques de planification urbaine conflictuelles et désuètes utilisées par les fonctionnaires des villes, la volonté de travailler à créer des politiques et un leadership solides, et de faire en sorte que les élus travaillent en collaboration avec les administrateurs municipaux et les promoteurs immobiliers, par rapport aux changements de projets achevés qui mettent en vedette une qualité de vie améliorée.

La plupart des villes ont été témoins d’un changement de leurs activités économiques centrales et se retrouvent désormais dans une situation où les affaires roulent moins bien dans les secteurs clés, les perspectives d’emploi sont moins favorables et les dépenses en éducation du gouvernement sont réduites. Les villes étaient souvent construites en fonction des avantages géographiques d’un emplacement et de l’accès à des ports pour l’expédition de marchandises. La montée et la chute de l’industrialisation ainsi que l’expansion et la contraction du secteur manufacturier signifient que l’industrie a quitté la ville pour se diriger vers d’autres parties du monde où le coût de la main-d’œuvre est plus faible. Les villes doivent dorénavant investir dans leur capital humain, tout en offrant des villes où il fait bon vivre qui attirent une main-d’œuvre qualifiée et des investissements qui permettent de conserver leur activité principale : construire des projets immobiliers viables. Pour conserver nos meilleures entreprises et attirer un nouveau capital humain pour lequel construire d’autres projets, il nous faut une ville dynamique.

Les lignes directrices de Urban Futures sont en fait fort simples. Les voici :

  • Nous devons réaliser que, grâce à la technologie, notre connectivité mondiale augmente la concurrence. Bien que cette réalité mène à l’innovation, elle accroît aussi le besoin de connectivité humaine.
  • Nous devons rebâtir notre ville en investissant dans notre capital humain, dans l’éducation publique et dans le transport en commun afin d’attirer des entreprises qui emploient des gens pour attirer plus d’investissements pour disposer d’un marché pour construire des projets immobiliers plus viables.
  • Nous devons revenir aux éléments fondamentaux et travailler ensemble à l’atteinte de valeurs communes, pour combler le fossé qui sépare les responsables des politiques et les catalyseurs de marché. Nous devons voir notre ville comme un laboratoire urbain au sein duquel les entreprises travailleront en collaboration avec les universités, les gouvernements, les citoyens locaux et les groupes sans but lucratif. Nous devons voir les projets immobiliers comme un bien collectif. Pourquoi? Parce que les promoteurs immobiliers fourniront des rendements avec leurs portefeuilles si un nombre plus élevé de gens ont un emploi qui leur permettra de disposer d’argent pour acheter ou louer des appartements lorsque Montréal peut obtenir des investissements étrangers et devenir une ville plus durable et où il fait bon vivre. Nos projets immobiliers doivent adopter les concepts de partage des espaces publics et les modèles de potentiel piétonnier, travailler en collaboration avec les responsables des orientations politiques, et faire en sorte de réaliser ensemble un Montréal meilleur.

Nous avons assisté à des présentations de Bogota qui, grâce à d’importants changements apportés à son système de transport en commun, y compris ses pistes cyclables, a été en mesure de réduire son taux de criminalité, les dommages à l’environnement et a connu une relance de son économie. Rotterdam nous a entretenus de la démocratisation qui s’y déroule et de la hausse du nombre d’entrepreneurs sociaux (des entreprises rentables qui abordent aussi des initiatives sociales, un mouvement croissant à l’échelle mondiale donnant des rendements élevés). Des leaders de pays nordiques ont créé des outils de planification urbaine qui prennent en compte diverses options pour investir dans des entreprises en démarrage et des systèmes écologiques pour assurer la croissance des compagnies qui feront l’acquisition de biens immobiliers dans le futur. La Commission européenne a créé un plan de recherche pour élaborer de nouveaux outils de planification urbaine partagés par toutes les nations qui encouragent les penseurs futés et avant-gardistes qui mettent en œuvre des changements, indépendamment de leurs prochaines possibilités d’élection. Cracovie investit généreusement dans des infrastructures écologiques pour se démarquer et favoriser le développement. Séville construit un réseau de pistes cyclables qui traversent la ville. Copenhague est la ville qui connaît le plus vif succès en fait de nouveaux modèles urbains. La qualité de vie de ses citoyens s’est traduite par des salaires plus élevés, un taux de chômage faible et des rendements très élevés avec les développements immobiliers. Lipor au Portugal est passé d’une économie linéaire à une économie circulaire, et incite l’administration de la ville à utiliser une politique d’approvisionnement durable qui a donné lieu à des occasions économiques intéressantes. Vienne promeut le potentiel piétonnier comme élément clé de son développement durable, en mettant les besoins de ses citoyens au cœur de ses politiques en matière décisionnelle. Chaque ville donne des exemples de nouveaux modes de planification urbaine qui sont mis en place et rapportent.

Nous pouvons tous contribuer au changement de nos villes. Le maire d’Oklahoma City, Mick Cornett, en est un bel exemple. Il était un commentateur sportif avant de briguer la mairie de sa ville après que celle-ci ait été la victime de désastres et d’une économie en déclin. Il est le seul maire de toute l’histoire de la ville à avoir été réélu pour un troisième mandat. Il a remis sa ville sur la carte sous le nom de Renaissance City et a investi généreusement dans des pratiques durables pour accroître ses avantages politiques. Le maire Cornett a rappelé à l’auditoire que les quelques personnes qui s’opposent à votre proposition de changement souffrent peut-être du syndrome du « pas dans ma cour ». Ceux-ci vont se présenter à toutes vos réunions, mais vous devez réunir le plus grand nombre possible de personnes touchées de façon positive par les nouvelles politiques de reconstruction de votre ville à venir montrer leur appui.

Il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue. Nous devons nous ouvrir à un plus large éventail de parties intéressées qui investissent dans le capital humain, créent l’innovation requise pour alimenter l’investissement économique en fonction d’une approche collaborative de changement de système par rapport à la planification urbaine inclusive. Montréal peut être un leader parmi les villes où il fait bon vivre, où le potentiel piétonnier est intéressant afin de mettre à profit notre culture dynamique, nos restaurants, nos universités et nos entreprises innovatrices. Nous pouvons tous obtenir des rendements plus intéressants de nos investissements immobiliers si nous investissons ensemble dans notre ville. Je suis prête. Et vous?