Chantal
Desjardins
Présidente fondatrice, Cabinet juridique Chantal Desjardins Inc.
22 décembre 2015 - Espace Montréal
Article

L’ambition change l’équation selon L’effet A.

 

Lancée en 2015 par Isabelle Hudon, chef de la direction, Québec et vice-présidente principale, solutions clients, Financière Sun Life, L’effet A est une initiative visant à propulser l’ambition chez les femmes et à influencer leur réussite dans les milieux d’affaires. Six leaders se sont donné un défi particulier avec des groupes d’environ 20 femmes, au cours de 100 jours de développement personnel et professionnel et de réflexion sur des enjeux communs.

 

La deuxième cohorte de L’effet A, lancée à l’automne 2015, a ceci de particulier : deux hommes font partie des six leaders. Pourquoi? Parce que, selon l’un d’eux, Robert Dumas, président, Financière Sun Life, Québec, un sponsor dans le défi d’Isabelle Hudon lors de la première cohorte de L’effet A en janvier dernier, « ce n’est pas une cause de femmes, c’est une cause de société » (propos extraits du site Web de L’effet A).

 

CREW M est le chapitre québécois du Réseau CREW (Commercial Real Estate Women), une association panaméricaine, multidisciplinaire de 10 000 membres ayant pour mission l’avancement des femmes et leur atteinte de positions de leadership dans toutes les sphères d’activité de l’immobilier commercial. C’est donc tout naturellement que CREW M a souhaité collaborer avec L’effet A.

 

L’avancement des femmes n’est pas non plus qu’une affaire de femmes selon CREW M. On vainc la discrimination par l’ouverture. CREW M a régulièrement indiqué son intérêt pour inclure dans son membership des hommes qui souhaitent s’impliquer dans l’avancement des femmes. Récemment, l’effort de recrutement d’hommes est plus soutenu et vise entre autres des leaders d’opinion ayant la volonté de soutenir la vision de CREW M et d’influencer la réussite de l’industrie immobilière commerciale en étant des vecteurs de changement vers une industrie accueillante, compétente et diverse, des facilitateurs auprès des femmes dans leurs milieux, incluant les membres de CREW M.

 

C’est ainsi que Mario Lefebvre, président-directeur général de l’Institut de développement urbain (IDU) du Québec est devenu membre de CREW M cet automne, à l’instar de Claude Sirois, co-chef des opérations et vice-président exécutif, Québec, Ivanhoé Cambridge et plusieurs autres collègues. À souligner également qu’Andrew Cross, éditeur des magazines Espace, est membre média de longue date de CREW M et nous le remercions sincèrement pour son support continu au fil des ans.

 

Les défis lancés en 2015 par la présidente de CREW M, Julie Lanteigne, associée du cabinet d’avocats De Grandpré Chait, illustrent comment la mission de CREW M rejoint les défis de L’effet A : « En faisant la promotion de la diversité sous toutes ses formes, nous nous assurons de prises de décisions éclairées et transparentes ce qui permettra à un nombre croissant de femmes de s’imposer dans notre industrie. Cette présence accrue des femmes aura un impact positif tant sur le plan individuel que sur le plan collectif. »

 

Julie Lanteigne n’est pas seule à avoir cette conviction. Plusieurs leaders de L’effet A et de la communauté d’affaires le reconnaissent. Le défi est de concrétiser cette vision et d’en faire une réalité dans notre quotidien.

 

Peu importe notre allégeance politique, force est de reconnaître que le nouveau premier ministre du Canada, le très Honorable Justin Trudeau, a donné un symbole fort en optant pour la parité au sein de son cabinet. Il en a remis avec sa réponse désormais célèbre quant à l’importance qu’il accordait à ce message : « parce qu’on est en 2015 ». La parité sur les conseils d’administration et dans les postes de direction des entreprises demeure toutefois un objectif à atteindre.

 

Plus d’une centaine de femmes ont eu un accès privilégié à des formateurs et formatrices de renom pendant le programme de la deuxième cohorte de L’effet A, notamment Lise Watier, fondatrice, Lise Watier Cosmétiques, Sophie Brochu, présidente et chef de la direction, Gaz Métro, Julie Payette, astronaute. C’est aussi l’occasion pour les participantes de tisser des liens entre elles et d’élargir leurs réseaux dans la communauté d’affaires.

 

Comme l’explique Sonia Gagnon, présidente de l’agence SGM et directrice du comité des communications de CREW M : « Le domaine de l’immobilier est un secteur d’activité largement dominé par les hommes et où la compétition est féroce, ce qui en fait un secteur propice pour encourager l’ambition chez les femmes ».

 

Quatorze membres de CREW M, avocates, architectes, ingénieures, directrices de location, détentrices de postes à la haute direction, voire présidentes d’entreprises, ont osé s’afficher en manifestant leur ambition cet automne dans le cadre de la deuxième cohorte de L’effet A.

 

Dans cette collaboration innovante, CREW M s’est associé à deux des six leaders, dont les défis étaient pertinents pour ses membres, Diane Giard et Joëlle Boisvert.

 

Diane Giard, première vice-présidente à la direction, particuliers et entreprises et membre du bureau de la présidence, Banque Nationale, a dirigé un groupe de femmes souhaitant lancer leur entreprise, exporter leur savoir ou amener leur entreprise à un niveau supérieur.

 

Le défi de Diane Giard est de taille : développer un « Québec Inc. » au féminin. Elle veut inciter les femmes à prendre des risques : « Nous avons la perception que l’échec est lourd et qu’il nous écrase, quant au fond c’est une occasion d’apprendre et de démontrer aux autres à quel point on est fort. » (propos extraits du site Web de L’effet A, recueillis par Rose Simard le 30 juin 2015).

 

Joëlle Boisvert, associée-directrice du bureau d’avocats Gowlings à Montréal et membre de l’équipe de direction nationale du cabinet, a dirigé un groupe de femmes intéressées à devenir membres de conseils d’administration, associées ou à postuler des postes de haute direction. De l’avis de Me Boisvert, la diversité à la haute direction est un gage de performance pour les entreprises.

 

Le défi de Joëlle Boisvert est non moins de taille : amener les femmes à assumer leur ambition et à créer un modèle de travail pour accélérer leur accès à des postes de haut niveau. Selon elle, le statu quo n’est pas une option viable, il faut innover. Le groupe a réfléchi à ce qui empêche les femmes d’atteindre ces postes. « Je pense, entre autres, que les femmes ont plus peur de l’échec que les hommes. Pour elles, l’échec est plus personnel », ajoute Me Boisvert (citation extraite du site Web de L’effet A).

 

Membre de CREW M participant au défi de Joëlle Boisvert, Brigitte Dupuis, ingénieure, SNC Lavalin nous a confié « Je suis enchantée de l’appui que je reçois de SNC-Lavalin pour mon expérience avec L’effet A ! L’entreprise me démontre un grand soutien, et m’encourage de façon soutenue dans mon développement. J’ai discuté avec plusieurs personnes clés chez SNC-Lavalin de mon ambition d’augmenter le nombre de femmes dans les postes de direction. J’ai reçu une excellente écoute et beaucoup d’intérêt, je suis confiante que les résultats suivront ».

 

Cela illustre l’impact de telles initiatives au-delà des femmes qui y participent. Les entreprises agissent sous l’impulsion de ces femmes dynamiques. De nombreuses entreprises ont en effet compris qu’elles gagneront au jeu de la compétition en puisant dans 100 % du bassin de talent.

 

L’effet A encourage les femmes à agir et à déboulonner certaines barrières à l’action. Selon Mélanie Godin, vice-présidente finances, Gestion A. Godin, membre de CREW M participant au défi de Diane Giard, « À mi-parcours, le meilleur conseil reçu est d’enrayer le syndrome de l’imposteur et de se faire confiance. ».

 

Une autre barrière à l’action que Julie Lanteigne, présidente de CREW M, veut faire tomber est le manque d’entraide et la compétition entre femmes. « De nombreuses études ont démontré que les personnes les plus critiques envers les femmes sont les femmes elles-mêmes, y compris dans un contexte professionnel » dit-elle.

 

Julie Lanteigne nous invite à surmonter ce vieux réflexe en devenant le sponsor des femmes qui nous entourent, en référant des membres pour des projets. « Il se trouve assurément une femme qualifiée parmi la diversité du membership de CREW M. Plus on créera des occasions pour les femmes et plus notre industrie sera accueillante pour chacune d’entre nous. Le réseau est la puissante affaire de toutes ».

 

Conférencière d’honneur à la Conférence de CREW Network à Seattle en octobre 2015, Dre Madeleine Albright, première femme nommée secrétaire d’état aux États-Unis, abonde dans ce sens en incitant les femmes à travailler ensemble pour le bien commun et à être des moteurs importants de changement social et politique, répétant sa célèbre phrase « Il y a une place d’honneur réservée pour les femmes qui aident d’autres femmes et une place spéciale en enfer pour celles qui ne le font pas. » [1]

 

Madeleine Albright précise toutefois : « Il n’y a personne qui croit qu’un monde géré uniquement par des femmes serait meilleur. » [2] C’est un défi de société. Autant les hommes que les femmes ont leur rôle à jouer. Il faut cependant que les femmes s’affirment et se fassent confiance, à elle-même et les unes aux autres.

 

La question qui tue et qui ne fait certes pas l’unanimité : faut-il imiter les hommes et leur style de leadership ou bien y a-t-il un style de leadership au féminin? À mon avis, il n’est pas utile ni pertinent de répondre à cette question car au-delà des généralités et des opinions divergentes, tous s’entendent qu’il faut être authentique. Chaque personne doit trouver son propre style de leadership. S’affirmer selon sa personnalité, en respectant son niveau de confort tout en étirant tout de même un peu l’élastique si l’on veut avancer dans ses ambitions.

 

Sans nier l’influence des femmes ni que les hommes peuvent apprendre d’elles, les femmes peuvent néanmoins apprendre des hommes en développant une sororité, un réseau de femmes qui s’entraident, le pendant féminin du « old boys club » dans ce qu’il a de plus noble. Après d’âpres négociations, les hommes apprécient une camaraderie qui soutient les relations d’affaires.

 

Développer une collectivité de femmes ayant un fort sentiment d’appartenance et d’entraide. Une communauté d’affaires qui affirme des valeurs d’ouverture et de diversité. Diversité de genre et diversité en tous genres. Pour nous rendre tous et toutes meilleurs et plus performants dans notre industrie.

 

C’est un défi complexe, nous obligeant à remettre en question nos préjugés, nos modèles traditionnels, nos façons ancrées de développer et de recruter le talent.

 

La popularité du programme de mentorat de CREW M démontre que les mentalités changent. Les femmes font appel à d’autres femmes pour des conseils. Selon une étude du Réseau CREW, les femmes ayant recours à un ou une mentor(e) ont augmenté leurs chances d’accéder à un poste de cadre intermédiaire ou supérieur de 56 % par rapport à celles sans mentor.

 

« On dit que le temps change les choses, mais en fait le temps ne fait que passer et nous devons changer les choses nous-mêmes » (Andy Warhol). Il nous faut, tous et toutes, mettre l’épaule à la roue pour avoir une industrie prospère. CREW M et L’effet A participent à cette mouvance.

 

CREW M félicite ses membres qui ont osé leur ambition en participant à L’effet A cet automne. Pour voir les noms des participantes et pour suivre nos activités, vous pouvez visiter le site de CREW M ainsi que celui de L’effet A.

 

Avec grande conviction personnelle, je vous invite, femmes et hommes œuvrant en immobilier commercial, à influencer vos environnements d’affaires et à bâtir une industrie ouverte, diversifiée et performante.

 

Vos commentaires sont appréciés. Dites-nous ce qui vous préoccupe, partagez vos succès. S’ils concernent CREW M, il nous fera plaisir de les diffuser dans notre bulletin réseau ou sur notre site web.

 

 

[1] Paroles rapportées par Amanda Marsh, Buzzmaestro LLC, dans son article disponible sur le site web de CREW Network et traduites par la soussignée.

[2] Ibid.